III.1 Sur René Guénon et la Maçonnerie – Premiers Ecrits

Guénon est aussi adulé dans les milieux maçonniques, que soufis mais aussi identitaires, ce qui n’est pas forcément bon signe. Et pour cause, voici la première partie du troisième article de Karl Van der Eyken à paraître dans L’Héritage.

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Le jeune René Guénon

Guénon posa déjà les fondements de son œuvre entre 1909-1912 dans la revue La Gnose. Certains articles furent ultérieurement repris dans des livres : La constitution de l’être humain et son évolution posthume selon le Vêdânta, Le symbolisme de la Croix, Remarques sur la notation mathématique. Ce dernier sujet a été repris dans Les Principes du calcul infinitésimal en 1946 ; les deux premiers en 1925 et 1931. Guénon maîtrisait donc déjà très jeune l’essentiel de la doctrine gnostique, et il a toujours affirmé qu’il ne s’agissait pas de sa doctrine, mais d’une présentation fidèle des fondements doctrinaux de la Tradition primordiale ; j’y reviendrai.
Ce savoir favorisait la crédibilité de ses dires, parce ce qu’il s’agissait d’une divulgation des « mystères » cachés aux profanes. Plutarque avait déjà dit que « le secret ajoutait de la valeur » ! Ajoutons que Guénon était aussi un polémiste exceptionnel avec une rhétorique très persuasive.

Guénon était formé très jeune intellectuellement, et même, singulièrement, son écriture n’a jamais varié depuis la parution de son premier livre intitulé Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues. Ce livre constituait sa thèse de doctorat ès lettres qui avait été refusée par le doyen Brunot parce que déjà, elle n’était pas suffisamment étayée. Guénon prétendait connaître son sujet par voie directe, et de ce fait, qu’il n’avait pas à se justifier. Le doyen ne fut pas sensible à cet argument et refusa la thèse, ce que Guénon n’a jamais pardonné aux profanes et ignares universitaires abusant de la « méthode historique ». Il fallait le croire sur parole, ce qui découlait de sa « certitude, fondée sur la Connaissance métaphysique », caricaturant ici pathologiquement – le principe de la foi catholique qui nous oblige à croire les vérités révélées par Dieu ; non par l’homme ! Il publia également dans La Gnose : Le démiurge, La Gnose et les écoles spiritualistes, La Gnose et la Franc-Maçonnerie, L’Orthodoxie maçonnique, Les Hauts-Grades maçonniques, Remarques sur la production des nombres, L’Archéomètre, La Religion et les religions, La prière et l’incantation, Les conditions de l’existence corporelle.

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Guénon sur les traces de Saint-Yves d’Alveydre

Rappelons que Guénon avait glorifié publiquement son excommunication et aussi qu’il y avait encensé les illuminés ayant œuvré pour la Révolution de 1789 1. Cela n’a pas empêché, en 1913, sa nomination à la direction de La France Antimaçonnique. Il y publia : Un côté peu connu de l’Œuvre de Dante, L’Initiation Maçonnique du F⸫ Bonaparte, Les influences modernistes dans l’Inde, Le Régime Écossais Rectifié de 1776 à 1815, Les adversaires du symbolisme, La Stricte Observance et les Supérieurs Inconnus, À propos des Supérieurs Inconnus et de l’Astral, Quelques documents inédits sur l’Ordre des Élus Coëns, Réflexions à propos du « pouvoir occulte ». Ces articles soutenaient, avec des arguments inédits, le bien-fondé d’une Franc-Maçonnerie « traditionnelle » se distinguant de la Maçonnerie notoire. Cela a provoqué des étonnements, mais la plupart des étonnés ont fini par avaler ce point de vue « authentiquement traditionnel ». D’autre part, Guénon était aussi un « initié » dans le sens de « connaissant quelques dessous ». Son article Réflexions à propos de ‘‘pouvoir occulte’’ 2, qui figure parmi ses premiers écrits, en témoigne incontestablement.

Guénon entre dans le sujet en réagissant à l’article « Les Yeux qui s’ouvrent » 3</sup du militant nationaliste, l’anti et ex-maçon, Paul Copin-Albancelli. Guénon réagissait régulièrement – lui servant de prétexte d’entrer dans le sujet – aux publications tierces, soit en cas d’accord pour une reprise autoritaire avec des remarques additionnelles, ou, en cas de désaccord, également pour une reprise afin de démontrer maintenant une erreur « non-traditionnelle ». Cependant, il lui arrivait aussi de ridiculiser des auteurs gênants, c’est-à-dire ceux disaient vrai mais qui allaient à l’encontre des idées que Guénon voulait diffuser. En ce cas, il les qualifiait souvent de « profanes » qui ne pouvaient pas comprendre…

Retrouvez cet article dans le prochain numéro de L’Héritage.

Karl VAN DER EYKEN

1 – Voir L’Héritage, N° 13.

2 – Les 11 et 18 juin 1914, 28ème année. Signé « Le Sphinx ». https://noaches.org/resource/reflexions_a_propos_du_pouvoir_occulte.pdf

3 – Voir https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5550673j.texteImage

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