V.19.ii Ordre de l’Eurasie – Orientalisme Juif

Depuis plus de trente ans, David Livingstone écrit sur les dessous de l’histoire. Il nous a fait l’honneur de nous accorder le droit de traduction de son incroyable Ordo ab Chao.

Douguine a également été influencé par Yakov Bromberg, un membre du mouvement eurasien émigré des années 1920 et 1930, qui s’est efforcé de développer une approche spécifiquement juive de l’idéologie eurasienne. L’eurasianisme a cherché à intégrer les peuples non russes dans son schéma, en incluant les Tatars et les Kalmouks, d’origine mongole, qui existaient dans les régions russes avant l’arrivée de la Russie. Il en va de même pour les Juifs de Khazarie. Selon Bromberg, la Khazarie a achevé le cycle historique dans lequel le judaïsme était une religion prosélyte, et les Juifs ont tenté de « dépasser leurs limites ethnoculturelles » 1.

Sabbatai Zevi (1626 – 1676), faux messie juif.

S’appuyant sur Bromberg, Douguine a proposé une distinction entre le judaïsme atlantiste « occidental » et un « orientalisme juif » ou un « eurasianisme juif ». Selon Douguine, c’est Arthur Koestler, membre du GRECE, qui a mis en évidence cette dualité lorsqu’il a exposé sa théorie de l’origine khazare des Juifs. Du côté négatif, on trouve la bourgeoisie juive rationaliste, occidentale et capitaliste, opposée au mysticisme et au messianisme des kabbalistes, des sabbatéens, des hassidim de Chabad et du « national-bolchevisme juif » 2.

Douguine qualifie Gershom Scholem, le célèbre spécialiste de la Kabbale juive, de « plus grand penseur traditionaliste » et fait la distinction entre le judaïsme exotérique, qu’il qualifie de « matérialiste », et le judaïsme ésotérique, ou Kabbale, qu’il loue comme faisant partie de la Tradition Primordiale de Guénon 3. Douguine poursuit en expliquant que le défi de la Kabbale est qu’elle présente une vision « manifestationniste » ou évolutionniste de la Création, inspirée par le néoplatonisme, en contraste avec la vision créationniste de l’histoire, fondée sur le monothéisme juif exotérique. Ce défi, suggère-t-il, a d’abord été résolu par Isaac Luria, qui a proposé une interprétation créationniste de la Kabbale, en proposant que Dieu ait créé le monde en se « contractant ». Mais la solution finale au défi, selon Douguine, a été présentée par Sabbatai Zevi, qui a suggéré que la vision manifestationniste de la Création était la bonne et que les serpents irréfléchis étaient responsables du mal 4.

Douguine pense que de nombreux Juifs ont vu dans le bolchevisme une possibilité de fusionner avec une population plus large, afin d’unir le messianisme russe et juif sous l’égide commune de l’eurasisme pour la destruction du capital et de l’exploitation. Les éléments « eurasianistes » de la diaspora juive d’Europe, d’Amérique et d’Asie ont apporté leur soutien aux Soviétiques, formant la Troisième Internationale, puis le Komintern.

Selon Douguine, ces branches concurrentes ont également contribué à des versions réciproques de l’antisémitisme. Par exemple, l’antisémitisme de Marx, exprimé dans Sur la question juive, représentait l’irrationalisme sabbatéen et frankiste en opposition au capital juif rationaliste. Inversement, la critique de Winston Churchill sur la « menace juive » de l’Est était emblématique des milieux sionistes de droite de Grande-Bretagne. C’est pour cette raison, explique Douguine, que les apologistes des Juifs ne sont pas en mesure d’expliquer pourquoi, sous la sévère répression de Lénine et de Staline, les Juifs ont été non seulement les victimes, mais aussi les persécuteurs. Cependant, l’aile droite sioniste a collaboré avec les cercles antisémites du KGB, ce qui a finalement conduit à l’effondrement de l’Union soviétique. « L’orientalisme juif », explique Douguine, « n’est pas un phénomène particulièrement moderne, exclusivement soviétique. Il est enraciné dans les profondeurs de l’histoire nationale. Il y a probablement derrière lui un terrible secret religieux ou racial » 5, ajoute-t-il, « il y aura toujours une place pour l’“orientalisme juif” dans les rangs des bâtisseurs du Grand Empire eurasien, le Dernier Empire » 6.

David LIVINGSTONE

Première partie : Partie Eurasie | Troisième partie : Traditionalistes israéliens

1 – Yakov Bromberg. Evrei i Evraziia. (Moscow: AGRAF, 2002), p. 245

2 – Alexander Dugin. “Evrei i Evraziia.” (“The Jews and Eurasia”) Polyarniy Israil (Polar Israel), (February 2000).

3 – Jean-Yves Camus, “A Long-Lasting Friendship: Alexander Dugin and the French Radical Right,” in Eurasianism and the European Far Right: Reshaping the Europe-Russia Relationship, ed. Marlene Laruelle, Lanham, MD: Lexington Books, 2015, p. 89).

4 – Alexander Dugin. “Exoteric and Esoteric Judaism: Isaac Luria and Sabbatai Zevi in Russian Orthodoxy.” Keeper.net (October 20, 1999). Retrieved from https://web.archive.org/web/20150306222701/https://www.kheper.net/topics/Kabbalah/Exoteric_vs_Mystical.html

5 – Iakov Bromberg. Evrei i Evraziia.

6 – Ibid.

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