Comprendre Guénon – Le Pèlerin, Monsieur K, Karl Van der Eyken et Amalek

Théoricien de la Tradition Primordiale adulé dans les milieux catholiques, soufis, dissidents et maçons, on a tous un proche tombé citant Guénon à la virgule, tout en évacuant ses apories par un « vous n’êtes pas qualifié pour comprendre » celui disant « parler au nom de la Vérité » mais sans la montrer ! Dont acte.

Signe maçonnique de la Main Invisible, Uroboros et Janus

La « Spéciale René Guénon » du jeudi 21 janvier 2021 a finalement duré près de 3 heures avec Le Pèlerin, Karl Van der Eyken, Monsieur K et Amalek nous avons évoqué les aspects spirituel, politique et historique de René Guénon et de son oeuvre, parmi lesquels : Advaïta, Agartha, Anti-maçonnisme, Baraka, Contre-Initiation, Croix (symbolisme de la), Démiurge, Egrégore, Esotérisme (chrétien, soufi et taoïste), Franc-Maçonnerie, Frankisme, Gnose, Graal, Initiation (virtuelle et effective), Lucifer, Monde Moderne, Mystères (vs Secrets), Kabbale, Martinisme, Non-Être, Nouvelle Droite, Prière (et invocation), Roerich, Rose-Croix, Sabbataïsme, Shambhala, Soleil Noir, Synarchie, Tantrisme, Théosophisme, Tradition Primordiale, Urouboros, Zaharoff.

L’émission diffusée en live sur la chaine YouTube d’Amalek

En complément de cette émission évoquant les dangers du guénonisme, pensez à visionner les première et deuxième parties de « René Guénon ou l’imposture anticatholique – La fausse notion guénonienne de Tradition » du Pèlerin, écoutez les émissions Enigma de Monsieur K, lisez les articles de Karl Van der Eyken et ceux sur la Nouvelle Droite d’Amalek. Enfin, de manière générale, pour maintenir vos anticorps, gardez toujours à l’esprit la méthode promue par Guénon, celle de Tchoang-Tseu sur la présentation des choses suivant l’adage « Fumer en priant c’est mal. Prier en fumant c’est bien. » :

« Cet homme dit aux singes qu’il élevait : je vous donnerai trois taros le matin, et quatre le soir. Les singes furent tous mécontents. Alors, dit-il, je vous donnerai quatre taros le matin, et trois le soir. Les singes furent tous contents. » – Aperçus sur Esotérisme Islamique et le Taoïsme

Pour prolonger l’émission, sur ce dont on a parlé ou justement pas assez, voici quelques compléments dont les :

  • les remarques et rappels du Pèlerin à télécharger en PDF,
  • les notes et interventions de Karl Van der Eyken à télécharger en PDF,
  • les réponses aux internautes de Monsieur K en PDF (à venir).

Tout d’abord « René Guénon et la Tradition Primordiale » ou l’antithèse de notre émission organisée par Alain de Benoist qui, derrière les reformulations universitaires de ce plateau de guénoniens, n’aborde jamais l’essentiel.

Alain de Benoist entouré de Jean-Pierre Laurant, Xavier Accart, David Bisson et Pierre-Marie Sigaud

D’ailleurs, ces excès sémantiques de ces thuriféraires sont aussi dénoncés par Jean Borrella, érudit gnostique redoutable qui a connu Guénon. A mettre dans une catégorie autre que les précédents guénoniens.

Jean Borella, sympathisant de La Gnose de Princeton de Raymond Ruyer

Ci-dessous le guénonien et futuriste Jean-Marc Vivenza, ici au côté du Grand Maître et historien maçonnique Roger Dachez (proche d’Alain Bauer) faisant une déviation en règle quant aux Rose-Croix. En effet, derrière le conte pour enfants et autres savantes distinctions avec les (néo)rosicruciens, il n’est jamais question des Fama Fraternitatis publiés entre 1610 et 1614 des véritables Rose-Croix dont parle Guénon sans jamais évoquer ces manifestes projetant la destruction des trônes et Autel d’Europe !

Jean-Marc Vivenza au côté de Roger Dachez sur la Rose-Croix fut-elle le martinisme du XVIIème siècle ?

De même, le développement de Slimane Rezki (autre spécialiste de Guénon en lien avec le soufisme) quant aux étapes de la contre-initiation de Guénon appellent deux remarques. D’abord, c’est que si la solidification préalable à la dissolution (sans solidification pas de fissure possible) est inverse à la devise alchimiste Solve Coagula pour la reconstruction « en mieux » (ennemi du bien, cf. Build Back Better) et s’opérant après la Tabula Rasa (Great Reset). Ce réagencement, même dans l’ordre inverse n’en est pourtant pas moins « contre-nature » ! Ensuite, c’est que si selon Rezki la contre-initiation fait descendre du divin vers l’humain quand l’initiation part de l’humain pour le remonter au divin, faut-il encore de préciser de quel divin parle t’il ? Est-ce que l’initié, une fois réalisé serait devenu tel que le Créateur ? A l’évidence non, pour lui le divin correspond au Soi intérieur indifférent à la Création. Cet illuminisme n’étant, au mieux, qu’un luciférianisme inconscient.

Slimane Rezki exposant les principes de la subversion et de la contre-initiation dans Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps de Guénon

Revenons sur David Bisson, invité du plateau Alain de Benoist interrogeant l’auteur de « Dogme et Rituel de la Golden Dawn – Préliminaires à la Voie Thélémite d’Aleister Crowley » Philippe Pissier (prenant la pose avec Kenneth Anger, le réalisateur Lucifer Rising avec le complice de Charles Manson Bobby Beausoleil)… Bref, dans cet extrait Bisson et Pissier décrivent tous deux Aleister Crowley comme un simple provocateur, amenant Bisson à dédire Guénon en public qui, malgré les excentricités de Crowley, considérait celui-ci comme un dangereux agent de la contre-initiation ! Crime de lèse-majesté de la part de Bisson, sauf s’il sait que cette frontière a été inventée par son maître pour « rassurer le bourgeois », les profanes et autres « bas-initiés » !

Quand le guénonien David Bisson dédit René Guénon sur Aleister Crowley

S’il n’existe donc pas de réelle étanchéité entre ce qui relève de l’initiation et de la contre-initiation, quel est l’intérêt pour Guénon de brouiller les pistes ? Et bien le même que celui l’ayant poussé à infitrer La France Antimaçonnique pardi ! Et pas que la revue… Comme cela est mentionné dans l’émission, Guénon a fait du Pasqua avant l’heure via sa méthode consistant à « créer une affaire dans l’affaire ». Ici en vue de faire accepter la maçonnerie à un lectorat chrétien mais aussi républicain devenu particulièrement hostile depuis l’Affaire Taxil. Pour cela Guénon a plaidé que la franc-maçonnerie était en perte de repères, d’où l’impérieuse nécessité d’un retour à ses fondamentaux. Or, s’il est exact que les maçons spéculatifs ne comprenaient plus les symboles de leurs aînés opératifs, en quoi l’essence, les intentions et les pratiques seraient contraires à cette franc-maçonnerie originelle, proche de celles des Rose-Croix selon Guénon (tout en taisant leurs projets) ? Cet ingénieux procédé « bonne versus mauvaise franc-maçonnerie », employé dans la revue antimaçonnique pour séduire les lecteurs a donc été transposé ; l’Initiation en perdition prend la place de la maçonnerie perdue, donnant « initation versus contre-initiation » avec les résultats que l’on sait. Pourtant, Guénon rappelle ailleurs que si opposées en apparence, celles-ci partagent la même source, la Gnose :

[…] elle [la Contre-Initiation] procède de la source unique à laquelle se rattache toute initiation, et, plus généralement, tout ce qui manifeste dans notre monde un élément « non-humain » ; et elle en procède par une dégénérescence […] – Articles et Comptes Rendu

En réalité, Guénon a confronté la Voie Gauche (en la renommant contre-initiation) à la Voie Droite pour faire de cette partie ce que recouvre l’initiation au sens large, comportant un dégradé du doré (Lucifer) au Noir (Satan) et des méthodes plus ou moins droite (orthodoxa voie droite en grec au sens de normée) ou sinistre (sinistram gauche en latin). Ainsi, lorsque Guénon insiste sur l’importance du mot ésoterisme sur lequel on peut ajouter n’importe quelle épithète comme celui de chrétien (oxymore en réalité) de soufi ou taoïste (oui pour ces deux là) que l’on peut ranger plutôt dans la Voie Droite (du moins jusqu’à un certain point) il en va de même pour les principes transgressifs de la Voie Gauche que l’on peut aussi bien retrouver dans le tantrisme, le sabbataïsme et bien d’autres formes. Karl Van der Eyken rappelle dans ses articles que pour l’historien Jakob Katz, tous les Rose-Croix étaient adeptes de ces pratiques que l’on retrouvera dans le frankisme, ce que Guénon ne dit jamais.

Un bon exemple pour mieux comprendre l’arnaque manichéenne est la saga Star Wars où l’affrontement entre Jedis et Siths est souvent pris – y compris par les maçons ou les dissidents – comme une métaphore de la lutte du bien contre le mal. Or, les deux côtés procèdant de la Gnose – porosité de l’hermétisme oblige – voies gauche et droite convergent au mieux vers un luciférianisme clair-obscur (Metatron) souvent voilé d’indifférentisme ou, au pire, un satanisme décomplexé (Samael). La seule chose s’opposant véritablement à la conception de la « Délivrance par la Connaissance » étant le « Salut par la Foi » – ce que le livre La Gnose contre la Foi d’Etienne Couvert démontre – le reste n’étant que pompons d’un manège pour lecteurs guénoniens citant l’initiation à foison sans jamais l’avoir suivie jusqu’à un certain degré, parfois même seulement entreprise dans leurs fantasmes emprunts de naïveté récitant à merveille la nuance entre la virtuelle et l’effective ! D’ailleurs, dans la saga, faut-il rappeler que les Siths ont tous été Jedis – et la crème même – à l’instar de Crowley et de beaucoup d’autres Hauts Initiés conjuguant maçonnerie et para-maçonnerie. Il n’est donc question que de tamis entre « bas » initiés Jedis et « hauts » initiés Siths, moins nombreux (apprenti et maître) donc plus élitiste.

Du clair-obscur au noir ou la promotion d’Anakin (étymologie commencement, renouveau telle initiation)

Ensuite, si les sages (plus gnostiques que charitables) tel Yoda le gentil reptile de la saga qui admet la porosité de l’hermétisme pour être revenu du côté obscur (tout comme l’Ancien, le mentor de Doctor Strange, personnage inspiré de Crowley « défendant le bien ») ce n’est après qu’une question d’ « équilibre » (à la différence de ceux qui se « perdent » dans Samaël, l’aspect ténébreux de Metatron en comprenant un double) et Guénon a visiblement cotoyé ces milieux occultistes de près (Papus etc.). Certes, Guénon a toujours (r)assuré ses lecteurs en affirmant qu’il les avait fréquentés pour mieux les détruire mais, au-delà des coulisses invérifiables, sa tribune publique dans la revue maçonnique L’Accacia avec Victor Blanchard, grand maître de l’Ordre Martiniste, dirigeant de la loge Melchizedek et chef de services des archives de la Chambre des Députés (on n’est jamais trop prudent) pose question quant à ceux que Guénon trompait réellement :

« Un autre reproche qui nous cause le plus profond étonnement, c’est celui d’être les auxiliaires du cléricalisme, ou même des cléricaux déguisés ; nous ne nous en serions jamais doutés, nous qui ne comptons plus les excommunications lancées contre nous par la Sainte Église Romaine, ce dont nous nous faisons gloire d’ailleurs. »Suite

Et surtout, la doctrine guénonienne reposant essentiellement sur Metatron, l’Ange de la Face – divisée en deux à l’instar de Janus, mais avec partie lumineuse et l’autre ténébreuse – comme seul médiateur vers la Délivrance (terme gnostique équivalent à Liberté en luciférien) rime avec ses poèmes écrits adolescents énumérés par Laurant (invité chez de Benoist) où un possédé est délivré par un sorcier, non par un prêtre !

Alors la question est la suivante : d’où, ou de qui, venait l’appel auquel Guénon a obéi ? On a retrouvé des poèmes de jeunesse de René Guénon, antérieurs à 1906. Jean-Pierre Laurant, dans Le sens caché dans l’œuvre de René Guénon, donne quelques titres de ces morceaux : Le Vaisseau fantôme ; la Maison hantée ; Baal Zeboub ; la Grande Ombre noire ; la haute chasse ; Litanies du Dieu noir ; Samaël, les aspects de Satan ; Satan-Panthée (ad majorem diaboli gloriam). Et voici un extrait fort troublant de Satan-Panthée :

« Lumière descendue du céleste séjour,
Unique créateur du monde où nous vivons,
C’est vers Toi que s’en vont aujourd’hui les prières…
Ici l’on ne connaît plus d’autre Dieu que Toi,
Funeste Démiurge, esprit de division
Étoile qui tomba du ciel comme un éclair,
Raison qui t’oppose à la divinité… »

Qui est ce Pan-théos, sinon le Créateur, le Créateur assimilé à Satan ? Guénon se souvient même d’Isaïe, XIV, 12 : « Comment es-tu tombée du ciel, étoile du matin ? » N’est-on pas en droit de déclarer qu’à l’origine l’inspiration de Guénon était luciférienne, non en ce sens qu’il aurait tenu Satan pour le Principe suprême – ce Principe, pour notre auteur, était le Soi, l’Infini métaphysique – mais en ce sens qu’il n’hésitait pas à identifier Satan à l’Être créateur, bien en dessous du Soi métaphysique ? Tout cela, pour une conscience chrétienne, est d’autant plus monstrueux que, pour cette conscience, c’est le Verbe, ensuite incarné dans la chair de Jésus, qui est celui per quem omnia facta sunt et que, dans les quelques lignes que nous avons rapportées, Guénon considère que la création, effet de l’ignorance, est radicalement mauvaise. Les Cathares ne pensaient pas autrement.

Au Coeur de René Guénon – Le Christ et la Gnose (André Allard l’Olivier, 1983)

En effet, ces poèmes étant dans la ligne doctrinale de Metatron, ils ne peuvent être considérés comme de simples erreurs de jeunesse. Dès lors, son sens de la précision pour distinguer les Rose-Croix des rosicruciens, les théosophes des théosophistes et rectifier certains mots, comme l’égrégore (veilleurs plutôt qu’un grégaire psychique) du sataniste Eliphas Levi présenté comme un simple occultiste apparaît comme une volonté de divertir et omettre l’essentiel.

Enfin, sa Tradition Primordiale se référant à la Gnose et aux cycles de l’Ouroboros n’est rien d’autre, et bien qu’elle soit antérieure à toutes les civilisations païennes (égyptienne, chinoise, viking…) où on retrouve ce serpent de façon plus ou moins alambiquée (à plume, dragon…) et qu’il y a effectivement des archétypes communs, cette proposition traditionnelle consistant à faire des « hommes des dieux » n’apparaît que dans un second temps. Avec Guénon il y a donc toujours ce mélange de vrai et de faux. C’est pourquoi, derrière ses procédés sophistiques et son érudition certaine, il s’agit de rester simple pour ne pas se laisser impressionner par sa logique entraînante partie depuis une falscification ou une omission. Ainsi, en revenant aux fondamentaux, n’importe quel « maçon sincère » croyant lutter face à des contre-initiés, se serait souvenu que l’Initiation maçonnique prétend « apporter la Lumière » à l’Apprenti jusqu’ici « dans les Ténèbres » contredisant son Baptème, la seule Contre-Initiation véritablement combatue par l’Initiation !

En cela Guénon est à lire en abyme, parce qu’il n’aura été au fond que ce qu’il dénonce : un agent de diversion et de subversion !

Gregor OVITCH

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