II.13.ii Âge de la Déraison – Les Jacobites

Devenez complotiste avec le Volume II – Chapitre 13 – Partie ii de l’incroyable Ordo ab Chao de l’auteur canadien David Livingstone, qui depuis 30 ans dévoile les coulisses de l’Histoire et vient de nous donner les droits de son intégrale traduction.

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George Ier de Grande-Bretagne (1660 – 1727).

Les origines des Illuminati remontent à la cause jacobite qui a donné naissance à la Franc-maçonnerie de l’Écossais en France, en rupture avec la Grande Loge d’Angleterre. Les Jacobites étaient un mouvement politique en Grande-Bretagne dédié à la restauration des Stuarts. Lorsque Jacques II Stuart, frère et successeur du roi Charles II, a publié une Déclaration pour la liberté de conscience, permettant la coexistence de diverses croyances opposées, le Parlement a non seulement condamné le roi mais l’a fait déposer pour avoir osé reconnaître les croyances alternatives. Le roi fut contraint de quitter le trône, mettant ainsi fin à la succession de Stuart au trône d’Angleterre. Le trône fut alors offert conjointement à Guillaume III d’Orange (1650 – 1702) – l’arrière-petit-fils de Guillaume le Silencieux – et à son épouse Marie, fille de Jacques.

Le 5 novembre 1688, lors de ce que l’on a appelé la « Glorieuse Révolution », Guillaume III envahit l’Angleterre dans une action qui finit par destituer Jacques II et lui vaut les couronnes d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande. Bien que William et Mary soient de la lignée des Stuart, les Écossais sont déçus de la perte d’un monarque Stuart et en 1689, année de la déposition de James II, Bonnie Dundee (1648 – 1689) dirige une force des Highlanders contre les troupes gouvernementales à Killiecrankie. Cette rébellion fut appelée « Jacobite Rising », en raison de leur soutien à James II, qui est dérivé du latin Jacomus, ou Jacob en hébreu.

En mars 1702, Guillaume III meurt et le trône passe à la sœur de son épouse Marie, qui devient la reine Anne. L’échec d’Anne ou de sa sœur à produire un héritier précipite une crise de succession. Le Parlement anglais adopte alors l’Act of Settlement en 1701, à la suite duquel la Sophia Charlotte de Hanovre (1668-1705) – petite-fille de Frédéric du Palatinat et d’Elizabeth Stuart du mariage chimique Rose-Croix – est désignée héritière du trône britannique. Le philosophe Leibniz était l’ami et le conseiller de Sophia de sa mère, l’électrice Sophia de Hanovre. Les deux femmes ont entretenu une correspondance philosophique importante avec Leibniz, dans laquelle il a clarifié ses vues philosophiques 10. Lorsque Sophia est morte quelques semaines avant Anne, le fils de Sophia est devenu le roi George Ier en 1714.

Cependant, la maçonnerie anglaise a perdu toute trace d’affection pour la cause Stuart. La première Grande Loge d’Angleterre fut fondée à Londres le jour de la Saint-Jean-Baptiste, le 24 juin 1717, qui coïncide avec le solstice d’été. Et, dans les années 1720, James Anderson a été aidé par John Desaguliers, élève d’Isaac Newton et membre de la Royal Society, à composer les premières constitutions imprimées pour les francs-maçons. La franc-maçonnerie anglaise s’est répandue en France dans les années 1720, d’abord sous la forme de loges d’expatriés et de Jacobites en exil. C’est principalement en France, où la famille s’est réfugiée, que la maçonnerie s’est à nouveau affiliée aux Stuarts, dont on pense qu’ils sont les descendants des Templiers qui se sont enfuis en Écosse. La cause jacobite alléguait qu’une loge maçonnique avait été fondée en Écosse, au début du XVIIIe siècle, qui tirait sa charte d’un chapitre de Templiers survivants à Bristol, déjà en activité depuis plusieurs centaines d’années. Il a été soutenu que pendant les Croisades, un petit groupe de chrétiens syriaques, qui revendiquaient leur retour aux Esséniens (vraisemblablement les Sabiens de Harran), ont été sauvés des musulmans par les Templiers. Lorsqu’ils ont quitté Jérusalem, ces chrétiens gnostiques se sont finalement installés en Écosse et ont fondé un nouveau chapitre de l’Ordre des Templiers, qui a ensuite fusionné avec une loge de la Franc-maçonnerie 11.

Au XVIIe siècle, l’intérêt pour le templiarisme devient politique après l’exécution de Charles Ier, avec l’idée que les partisans de Stuart inventent un diplôme templier, car la mort du roi doit être vengée, tout comme la mort violente en 1314 de Jacques de Molay, dernier Grand Maître des Templiers. 12L’histoire racontée par Dom Calmet (1672 – 1757) est que le vicomte Dundee (1648 – 1689) aurait été un des premiers grands maîtres templiers et serait tombé à Killiecrankie, lors du premier soulèvement jacobite, portant la Grand-Croix de l’Ordre 13. John Erskine, comte de Mar (1675-1732), un chef jacobite bien connu, qui est devenu comte en 1689, l’année de Killiecrankie, aurait alors occupé une fonction dans l’ordre des Templiers. Erskine a participé à une révolte manquée en 1715, après quoi il a perdu ses biens et s’est exilé avec Jacques II à Rome. En 1721, il est nommé ambassadeur des Stuart en France. Afer Erksine, l’Ordre des Templiers fut apparemment inactif jusqu’à sa renaissance en 1745 par le jeune prétendant, Charles Edward Stewart (1720 – 1788), connu sous le nom de Bonnie Prince Charlie, petit-fils de Jacques II et VII, et le Jacobite prétendant au trône 14.

Le tuteur de Bonnie Prince Charlie était Andrew Michael Ramsay, un ami proche de John Erskine, et l’un des deux maçons responsables de la propagation de la franc-maçonnerie des Écossais en France. De la France et de l’Angleterre, la franc-maçonnerie s’est répandue dans la majeure partie de l’Europe continentale au cours du XVIIIe siècle. En parlant des hauts degrés maçonniques du XVIIIe siècle, il convient de faire la distinction entre ce qu’on appelle les degrés templiers, d’une part, et les degrés écossais, d’autre part. Ces deux types de hauts degrés sont les degrés les plus caractéristiques de la franc-maçonnerie du XVIIIe siècle. La plus ancienne référence à l’Écossais ou à la Maçonnerie écossaise en Angleterre est une « Scots Masters Lodge », qui se tient à la Devil’s Tavern, Temple Bar, Londres, en . Les diplômes d’Écossais concernent principalement la construction d’un nouveau Temple, tandis que les diplômes de Templiers sont entrés dans la légende selon laquelle la franc-maçonnerie était dérivée des Templiers 15.

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Philippe, duc d’Orléans (1640 – 1701)

La première personne à présenter cette théorie de la survie fut Ramsay, un autre partisan de la cause jacobite ainsi qu’un membre de la Royal Society, vivant alors comme expatrié à Paris. Jeune homme, Ramsay a rejoint une société quasi-rosicrucienne appelée les Philadelphiens, et a étudié avec un ami proche d’Isaac Newton. Il s’associe plus tard avec d’autres amis de Newton, dont John Desaguliers (1683 – 1744), philosophe naturel, ecclésiastique, ingénieur et franc-maçon britannique, qui est élu à la Royal Society en 1714 en tant qu’assistant expérimental de Newton. Il était également un ami particulièrement proche de David Hume. Pendant son séjour en France, Ramsay s’était lié d’amitié avec le Régent de France, Philippe, Duc d’Orléans (1640 – 1701), fils du Roi Louis XIII de France et d’Anna d’Autriche. Bien que notoirement homosexuel, Philippe épousa Elizabeth Charlotte, princesse palatine, petite-fille de Frédéric V du Palatinat et d’Elizabeth Stuart, fondant ainsi la Maison d’Orléans, une branche cadette de la Maison de Bourbon. Comme l’explique Joscelyn Godwin dans Les Lumières théosophiques, « toute la famille d’Orléans, depuis l’arrière-grand-père de Philippe, le Régent, était notoirement impliquée dans les arts noirs » 16.

En 1715, Philippe, qui était Grand Maître de l’Ordre néo-chavalier de Saint-Lazare, institué pendant les Croisades comme corps d’Hospitaliers, a intronisé Ramsay dans. Dès lors, Ramsay sera connu sous le nom de « Chevalier ». Ramsay était l’orateur de la loge du Louis d’Argent, dont le vénérable maître était Charles Radclyffe (1693 – 1746), cousin de Bonnie Prince Charlie. Radclyffe était le plus jeune fils d’Edward Radclyffe, 2e comte de Derwentwater et de Lady Mary Tudor, fille illégitime de Charles II par sa maîtresse, Moll Davies 17. Parmi les exilés jacobites vivant en France, on trouve Radclyffe, qui aurait fondé en 1725 une loge à Paris, la première loge maçonnique hors d’Angleterre. Alors que la franc-maçonnerie anglaise offrait trois degrés d’initiation qui devinrent universels dans tout l’ordre vers 1730, Radclyffe, qui fut finalement reconnu grand maître de toutes les loges françaises, devint responsable de la promulgation de la franc-maçonnerie Écossaise, qui introduisit des degrés supérieurs.

En 1737, Ramsay rédigea le sien : Discours prononcé à la réception des francs-maçons par Monsieur de Ramsay, Grand Orateur de l’Ordre, qui a servi de base aux revendications des francs-maçons d’un héritage templier, lorsqu’il a affirmé que la franc-maçonnerie avait débuté chez les chevaliers croisés et qu’ils s’étaient constitués en loges de Saint-Jean. Au moment des dernières Croisades, de nombreuses Loges avaient déjà été érigées en Allemagne, en Italie, en Espagne, en France et, de là, en Écosse. James Stewart, 5e Haut Intendant d’Écosse (vers 1260 – 1309) était maître d’une Loge à Kilwinning, et recevait dans sa Loge les Francs-maçons les Comtes de Gloucester et d’Ulster, l’un anglais, l’autre irlandais. Finalement, explique Ramsay, leurs loges et leurs rites ont été négligés, et on ne s’en souvient plus qu’en Grande-Bretagne. Néanmoins, ils ont été préservés par des Écossais qui avaient reçu le patronage et la protection des Rois de France.

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La bataille de Culloden entre les Jacobites et les « Manteaux rouges »

Il est souvent rapporté à tort que Ramsay a mentionné les Templiers dans son oraison. Pourtant, les auditeurs perspicaces auraient compris que la mention des « chevaliers croisés » était une référence indirecte aux Templiers, dont le souvenir était encore controversé en France. Par conséquent, lorsque Ramsay envoya une copie au cardinal Fleury, demandant une bénédiction de l’Église sur les principes de la franc-maçonnerie, l’allusion évidente aux Templiers hérétiques amena le cardinal Fleury à répondre par une interdiction de toute réunion maçonnique, et a pu conduire à la mise en accusation de l’organisation par le pape un an plus tard 18.

L’important soulèvement jacobite suivant a eu lieu en 1745, lorsque le prince Charlie Bonnie a été symboliquement couronné roi Charles III par le clergé de l’Église épiscopale d’Écosse. Cependant, un an plus tard, en 1746, le jeune prétendant fut désastreusement vaincu à la bataille de Culloden Moor, et la tentative des Jacobites de prendre Londres et d’y installer un roi Stuart fut déjouée. Une lettre originale du 3e duc de Perth (1713 – 1746) au comte d’Airlie Lord Ogilvy (1725-1803), peu après la victoire jacobite à Prestonpans, décrit une cérémonie secrète à Holyrood au cours de laquelle le prince a été élu Grand Maître de l’ancienne chevalerie du Temple de Jérusalem le mardi 24 septembre 1745 19.

La notion de « pré-Kabbale » chinoise de Swedenborg a été spécialement promulguée par Ramsay, qui l’a assimilée à certains rites maçonniques écossais 20. En 1741, Swedenborg et ses collègues maçonniques de Londres ont assimilé les pratiques sexuelles des Sabbatéens à des degrés hautement christianisés au sein d’un ordre spécial de la franc-maçonnerie, le Royal Order of Heredom de Kilwinning 21. La paternité de l’Ordre est généralement attribuée à Ramsay 22, l’Ordre prétend avoir été fondé par Robert le Bruce, après la bataille de Bannockburn, pour protéger les Templiers qui s’étaient enfuis en Écosse. Comme l’a expliqué Schuchard, la croyance kabbalistique selon laquelle la bonne exécution des rites sexuels kabbalistiques reconstruit le Temple et manifeste la Shekhinah entre les chérubins conjoints était particulièrement attrayante pour les initiés de l’Ordre. L’un des chefs de file de ce rite, l’artiste et graveur français Lambert de Lintot, a produit une série de dessins hiéroglyphiques, comprenant des symboles phalliques et vaginaux, représentant la régénération de la psyché et la reconstruction du Temple de la Nouvelle Jérusalem 23.

David LIVINGSTONE

10 – Lloyd Strickland (ed. and transl.). Leibniz and the Two Sophies: The Philosophical Correspondence, (Toronto: Centre for Reformation and Renaissance Studies, 2011).

11 – Michael Howard. Secret Societies: Their Influence and Power from Antiquity to the Present Day Michael Howard (Simon and Schuster, 2007), p.48.

12 – Edward Corp. The Stuart Court in Rome: A Legacy of Exile (Ashgate, 2003.).

13 – Keith Schuchard. Restoring the Temple of Vision, p 767.

14 – “The History Of The Order of the Temple in Scotland. The Autonomous Grand Priory of Scotland.” Retrieved from http://www.skt.org.uk/Our%20History%202/our_history_page_2.html

15 – Henrik Bogdan. Western Esotericism and Rituals of Initiation (SUNY Press, 2012),. p. 96.

16 – Joscelyn Godwin. The Theosophical Enlightenment, (State University of New York Press, 1994), p. 101.

17 – Darryl Lundy (2010-02-05). thePeerage.com Retrieved from http://www.thepeerage.com/p10843.htm#i108424

18 – Christopher Hodapp & Alice Von Kannon. The Templar Code for Dummies (Wiley Publishing Inc., 2007), p. 197.

19 – Arthur Edward Waite. New Encyclopedia of Freemasonry (1921).

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